Vestibulodynie : comprendre et traiter la forme la plus fréquente de douleur vulvaire

Si on vous a parlé de vestibulodynie, vous savez déjà probablement l’essentiel : une douleur à l’entrée du vagin, déclenchée par le contact, qui rend les rapports très douloureux ou impossibles.
Et vous avez peut-être aussi entendu qu’« on ne sait pas d’où ça vient ».

C’est en partie vrai… Mais seulement en partie, parce que la recherche distingue aujourd’hui plusieurs mécanismes différents derrière un même symptôme, et que le traitement n’est pas le même selon celui qui est en cause.

C’est tout l’objet de cet article.
Si vous cherchez d’abord à comprendre ce qu’est une douleur vulvaire chronique et comment elle se diagnostique, commencez plutôt par notre article sur la vulvodynie. Et pour un panorama de toutes les causes possibles de douleurs pendant les rapports, c’est par là.

Vestibulodynie : les 4 causes et leurs traitements

Vestibulodynie : de quoi parle-t-on précisément ?

La vestibulodynie est une douleur superficielle limitée au vestibule vulvaire, déclenchée par le toucher.

Le vestibule, c’est la petite zone située juste à l’entrée du vagin, entre les petites lèvres.
Une surface de quelques centimètres carrés (et parfois une douleur qui organise toute une vie).

Dans la classification internationale, la vestibulodynie est une vulvodynie localisée et provoquée : localisée au vestibule, et déclenchée par un contact plutôt que présente en permanence. C’est la forme la plus fréquente de douleur vulvaire chronique, en particulier chez la femme jeune.

Et pour situer l’ampleur : les études en population générale retrouvent une prévalence ponctuelle de 7 à 8 % de vulvodynie, avec une incidence au cours de la vie d’environ 16 %.

Comment la reconnaître

Les signes sont assez caractéristiques :

  • Une douleur à l’entrée : pas en profondeur (c’est le premier centimètre qui fait mal)
  • Déclenchée par le contact : pénétration, tampon, coupe menstruelle, spéculum, parfois un simple doigt
  • Décrite comme une brûlure : une coupure, une sensation de « verre pilé » ou de peau à vif
  • Pas de douleur au repos : le plus souvent, c’est ce qui la distingue d’une vulvodynie spontanée
  • Et une douleur qui peut survenir immédiatement ou plusieurs heures après, ce qui égare souvent le diagnostic

Au cabinet, une phrase revient : « tant qu’on ne me touche pas, tout va bien » c’est très typique.

Le geste qui objective tout ça est simple et rapide : le test au coton-tige, qui consiste à appliquer une pression légère sur différents points du vestibule pour cartographier précisément les zones douloureuses.
Demandez-le si on ne vous l’a pas proposé ! 

Primaire ou secondaire : deux histoires différentes

La distinction est importante, parce qu’elle oriente vers des mécanismes distincts.

La vestibulodynie primaire est présente dès le tout premier contact vaginal : premier tampon à l’adolescence, premier examen gynécologique, première tentative de rapport.
-> Il n’y a jamais eu de période sans douleur.

La vestibulodynie secondaire apparaît après une période où tout allait bien. Il y a donc eu un déclencheur à chercher : une infection à répétition, un changement de contraception, un accouchement, une intervention.

Cette simple question « y a-t-il eu une période sans douleur ? », fait souvent gagner des mois.

 

Les quatre mécanismes, et pourquoi ça change tout

    Voici le cœur de l’article. Derrière une même douleur, la recherche décrit plusieurs mécanismes, souvent associés chez une même personne.

    Les tensions du plancher pelvien, présentes dans 90 % des cas

    C’est le chiffre le plus frappant de la littérature : 90 % des femmes avec une vestibulodynie présentent un dysfonctionnement du plancher pelvien (hypertonicité des muscles, capacité de relâchement diminuée, seuils de douleur abaissés).

    Autrement dit : dans neuf cas sur dix, les muscles sont impliqués. Ce qui fait de la rééducation périnéale non pas une option de second recours, mais une pièce centrale du traitement. Et c’est pourtant l’intervention la plus souvent oubliée.

    Le volet hormonal

    Certaines vestibulodynies sont liées à l’environnement hormonal local. La baisse de la testostérone libre et les modifications de la muqueuse vestibulaire sont les mécanismes avancés.
    Dans ces situations, un traitement hormonal local prescrit par un·e gynécologue peut produire des résultats nets (ce qui suppose d’avoir identifié ce mécanisme-là).

    La neuroprolifération

    Chez certaines femmes, on retrouve une densité nerveuse augmentée dans le vestibule : davantage de terminaisons nerveuses, donc davantage de signaux pour une même stimulation.

    Cette prolifération peut être congénitale (et c’est l’hypothèse principale dans les formes primaires, présentes depuis toujours) ou acquise, en réaction à une inflammation ou à des facteurs hormonaux.

    C’est un point important à entendre : dans ces cas, ce n’est pas votre cerveau qui exagère, c’est votre vestibule qui est anatomiquement plus innervé. 

    Le volet inflammatoire

    On retrouve chez certaines patientes une infiltration de lymphocytes T dans le tissu vestibulaire et une production accrue de facteurs de croissance nerveuse (qui entretiennent à la fois l’inflammation et la sensibilisation).

    C’est souvent le chaînon manquant après des mycoses à répétition.

    Ce qu’il faut retenir de cette section : « vestibulodynie » n’est pas un diagnostic complet.
    Demander « lequel de ces mécanismes me concerne ? » est la question qui fait avancer votre prise en charge.

     

     

    Pilule et vestibulodynie : ce qu’on sait vraiment

    Vous avez peut-être lu que la contraception hormonale multiplierait le risque par six. Faisons le point honnêtement, parce que c’est une affirmation lourde pour beaucoup de jeunes femmes.

    Ce qui est rapporté dans la littérature plus ancienne : un risque relatif de 6,6 chez les utilisatrices de pilule par rapport aux non-utilisatrices, avec un effet plus marqué pour les pilules faiblement dosées en œstrogènes (20 µg d’éthinylestradiol ou moins).
    Mais ce même article précise que deux études épidémiologiques n’ont pas confirmé ce résultat…

    Et une étude de 2022, bien plus large, a repris la question.
    Menée auprès de plus de 26 000 femmes, avec 1 168 cas de douleur vulvaire chronique, elle retrouve une association beaucoup plus modeste (un odds ratio de 2,6) et surtout, ses auteurs démontrent par simulation que cette association est probablement surestimée dans les études antérieures : parce qu’on y comparait des femmes venues consulter pour leur douleur à des femmes issues de la population générale, ce qui gonfle artificiellement le lien.

    Ce qu’il faut en conclure, posément.
    -> Il existe probablement un lien, réel mais modéré, et longtemps exagéré. Si votre douleur est apparue dans les mois suivant un changement de contraception, c’est une piste légitime à explorer avec votre gynécologue.
    En revanche ce n’est pas une certitude, et surtout pas une raison d’arrêter votre contraception sans avis médical. Nous abordons par ailleurs l’effet de la pilule sur le désir dans notre article sur la baisse de libido.

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    La vestibulectomie : dans quels cas ?

    C’est la seule forme de douleur vulvaire pour laquelle une chirurgie est parfois proposée : l’ablation de la zone vestibulaire douloureuse.

    Les chiffres rapportés sont impressionnants (environ 80 % des patientes opérées décrivent un soulagement).

    Mais deux réserves majeures, que la littérature pose elle-même :il n’existe pas d’essai randomisé, et la définition du « succès » varie considérablement d’une étude à l’autre.
    -> Ces 80 % doivent donc être lus avec prudence.

    En pratique, la vestibulectomie se discute en dernier recours, dans les formes localisées, provoquées, bien délimitées, après échec des approches non invasives (et typiquement dans les formes à forte composante neuroproliférative).
    -> Ce n’est jamais une première étape ! 

    Ce qui fonctionne : une prise en charge par mécanisme

    La logique est simple : identifier d’abord, traiter ensuite.

    La rééducation périnéale : quasi systématiquement, puisque les muscles sont impliqués dans 90 % des cas.
    -> C’est l’intervention au meilleur rapport bénéfice/risque.

    Le traitement hormonal local : quand le mécanisme hormonal est identifié (sur prescription).

    La prise en charge de l’inflammation : et l’arrêt de ce qui l’entretient : automédication antifongique répétée, savons agressifs, protège-slips quotidiens.

    Le travail sur la douleur chronique : C’est là que les données sont les plus solides ! 
    Un essai randomisé mené sur 130 femmes présentant une vestibulodynie provoquée confirmée a montré que la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) améliorent toutes deux significativement la douleur, la pleine conscience faisant même mieux, avec des bénéfices maintenus à six mois.

    Et redisons-le, parce que c’est essentiel : qu’un traitement psychologique fonctionne ne veut pas dire que la cause est psychologique !
    -> On agit sur l’attention, l’anticipation et la régulation du signal douloureux parce que c’est là que ce système est modifiable.

    La chirurgie : en dernier lieu et dans des cas sélectionnés.

    Et le travail de couple : parce qu’une vestibulodynie qui dure installe des deux côtés un évitement et des malentendus qui survivent souvent à la guérison de la douleur. 

    Vestibulodynie : quatre mécanismes différents derrière la même douleur. Pilule, plancher pelvien, chirurgie — ce que dit vraiment la recherche.

    On vous a dit que votre vestibulodynie n’avait pas de cause connue ?
    C’est inexact : il en existe plusieurs, et savoir laquelle vous concerne change tout le traitement.
    C’est précisément cette question qu’il faut poser ! 

    Questions fréquentes

    Quelle différence entre vulvodynie et vestibulodynie ?

    La vestibulodynie est une vulvodynie, dans sa forme localisée au vestibule et déclenchée par le contact.
    La vulvodynie est le terme général ; la vestibulodynie en est la variante la plus fréquente.
    -> Tout ce qui concerne le diagnostic général est dans notre article sur la vulvodynie.

    Est-ce la même chose que le vaginisme ?

    Non, mais les deux coexistent très souvent.
    Le vaginisme est une contraction musculaire involontaire ; la vestibulodynie est une douleur du vestibule. Comme les muscles sont impliqués dans 90 % des vestibulodynies, la frontière est en pratique très poreuse.

    Dois-je arrêter ma pilule ?

    Pas sans avis médical !
    Le lien existe probablement mais il est modéré, et longtemps surestimé.
    Si votre douleur a débuté après un changement de contraception, parlez-en à votre gynécologue : il existe d’autres formulations et d’autres modes de contraception. 

    La vestibulectomie est-elle la solution définitive ?

    Elle soulage environ 80 % des patientes opérées, mais sans essai randomisé pour le confirmer et avec des critères de succès variables selon les études.
    -> Elle se discute après échec des approches non invasives, jamais en première intention !

    Pourquoi ai-je mal plusieurs heures après le rapport ?

    C’est une forme de douleur retardée, décrite dans la classification internationale.
    Elle n’a rien d’anormal dans ce tableau, mais elle explique pourquoi beaucoup de femmes ne font pas le lien, et pourquoi le diagnostic traîne. 

    Sources

    Lev-Sagie, A., & Witkin, S. S. (2016). Recent advances in understanding provoked vestibulodynia. F1000Research, 5, 2581. → https://f1000research.com/articles/5-2581/v1

    Bond, J. C., Kachura, J. J., Fox, M. P., Weuve, J., & Harlow, B. L. (2022). Potential for selection bias in studies of the association of hormonal contraception and chronic vulvar pain. Journal of Women’s Health, 31(2), 194-201. → https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8864423/

    Brotto, L. A., Bergeron, S., Zdaniuk, B., Driscoll, M., Grabovac, A., Sadownik, L. A., Smith, K. B., & Basson, R. (2019). A comparison of mindfulness-based cognitive therapy vs cognitive behavioral therapy for the treatment of provoked vestibulodynia in a hospital clinic setting. The Journal of Sexual Medicine, 16(6), 909-923. → https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31103481/

    Bornstein, J., Goldstein, A. T., Stockdale, C. K., Bergeron, S., Pukall, C., Zolnoun, D., & Coady, D. (2016). 2015 ISSVD, ISSWSH, and IPPS consensus terminology and classification of persistent vulvar pain and vulvodynia. Journal of Lower Genital Tract Disease, 20(2), 126-130. → https://www.nva.org/wp-content/uploads/2015/01/2015_ISSVD_ISSWSH_and_IPPS_Consensus_Terminology.2.pdf

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