Douleurs pendant les rapports sexuels : que faire ?

Avoir mal pendant un rapport sexuel n’est jamais normal.
Ce n’est pas un passage obligé, ce n’est pas « dans la tête », et ce n’est pas quelque chose qu’il faut apprendre à supporter.
C’est pourtant extrêmement fréquent : selon le collège américain des gynécologues,
près de trois femmes sur quatre connaissent des rapports douloureux à un moment de leur vie.
Pour certaines, c’est passager mais pour d’autres, ça s’installe : les douleurs vulvo-vaginales chroniques concerneraient 10 à 15 % des femmes dans le monde.

Et voici le chiffre qui nous préoccupe le plus au cabinet.
Une étude menée auprès de plus de 19 000 femmes de 18 à 40 ans a montré qu’entre 30 et 48 % de celles qui souffrent de douleurs vulvaires chroniques n’ont jamais consulté et que plus de la moitié de celles qui l’ont fait sont reparties sans aucun diagnostic.
Ce qui veut dire que la plupart des femmes concernées se taisent, et beaucoup de celles qui parlent ne sont pas entendues.
C’est pourquoi j’ai écrit cet article !

Dyspareunie<br />
Douleurs sexuelles<br />
Santé sexuelle<br />
Vaginisme<br />
Sécheresse vaginale<br />
Traitement dyspareunie<br />
Causes dyspareunie<br />
Conseils santé intime<br />
Relations sexuelles douloureuses<br />
Bien-être sexuel

Dyspareunie, vaginisme, vulvodynie : mettre le bon mot

Trois termes reviennent sans cesse, et les confondre fait perdre des années.

La dyspareunie est le terme général : une douleur génitale ou pelvienne pendant ou après les rapports.
-> C’est un symptôme, pas un diagnostic un peu comme « mal de tête ».

Le vaginisme désigne une contraction involontaire des muscles du plancher pelvien qui rend la pénétration difficile, très douloureuse ou impossible.
-> Le corps se ferme tout seul, sans que la personne le décide c’est un réflexe et non un refus.

La vulvodynie désigne une douleur vulvaire chronique, évoluant depuis plus de trois mois, sans cause identifiable à l’examen. Souvent une brûlure, une sensation de coupure ou de verre pilé, déclenchée au moindre contact.
-> Quand elle se concentre à l’entrée du vagin, on parle de vestibulodynie.

Une précision utile : depuis 2013, la classification américaine DSM-5 a fusionné dyspareunie et vaginisme sous un seul nom, le trouble lié à des douleurs génito-pelviennes ou à la pénétration.

Pourquoi ? Parce qu’en pratique, les deux coexistent presque toujours…
-> La douleur provoque la contraction, la contraction aggrave la douleur et les séparer n’avait plus de sens clinique.

Décrire sa douleur : les trois questions qui changent tout

Savoir nommer précisément sa douleur fait gagner un temps considérable en consultation.
Trois axes suffisent.

  • Où se trouve la douleur ?
    – La dyspareunie superficielle se manifeste à l’entrée du vagin, dès le début de la pénétration.
    – La profonde se ressent plus loin, surtout lors de pénétrations profondes.
    -> Ce n’est pas un détail car les causes ne sont pas les mêmes du tout.
  • Depuis quand ?
    – La dyspareunie primaire est présente dès les tout premiers rapports.
    – La secondaire apparaît après une période sans douleur et il y a alors presque toujours un événement déclencheur à chercher.
  • À quelle fréquence ?
    Permanente à chaque rapport, ou intermittente.

Arriver en consultation en disant « j’ai une dyspareunie superficielle, primaire et permanente » ou « secondaire, profonde et intermittente », c’est offrir à votre praticien la moitié du diagnostic.

Les causes gynécologiques et médicales 

Première étape, toujours : faire examiner. Beaucoup de ces causes se traitent bien une fois identifiées.

Les infections : Mycoses à candida albicans, vaginose bactérienne, infections sexuellement transmissibles comme la chlamydia, la gonorrhée ou l’herpès génital.
-> Une remarque importante sur les mycoses : les antifongiques répétés en automédication déséquilibrent la flore et peuvent entretenir le problème.
-> Si ça revient sans arrêt, ce n’est probablement pas qu’une mycose.

La sécheresse vaginale : Hormonale, médicamenteuse, liée au stress ou à une hygiène intime trop agressive.
-> Les lubrifiants et les gels hydratants non hormonaux soulagent réellement et non, en utiliser n’est pas un échec.

Les suites d’accouchement : cicatrice d’épisiotomie ou de déchirure, périnée douloureux, muqueuses asséchées par l’allaitement.
-> C’est si fréquent que nous l’avons traité à part : dans une cohorte de 1 507 femmes, 85,7 % ont eu mal lors du premier rapport après la naissance.
Tout est détaillé dans notre article sur la reprise des rapports après l’accouchement.

Les affections cutanées : Le lichen scléreux, qui fragilise et amincit la peau génitale. L’eczéma ou la dermatite de contact, souvent déclenchés par un savon, un lubrifiant ou un préservatif.

L’endométriose : cause classique de douleur profonde, particulièrement lors des pénétrations profondes.
Et il faut le dire clairement : en France, le délai diagnostique moyen de l’endométriose est estimé à sept ans…
-> Donc si vous avez aussi des règles très douloureuses, insistez !

Les variations hormonales : Cycle menstruel, grossesse, post-partum, allaitement, et surtout ménopause (la chute des œstrogènes entraîne une sécheresse et un amincissement des muqueuses qui se traitent très bien localement).
Le syndrome des ovaires polykystiques peut également jouer.

Les anomalies anatomiques : comme des reliquats d’hymen mal cicatrisés.

Les médicaments : Comme pour la baisse de libido, regardez l’ordonnance : certains traitements hormonaux, certains antidépresseurs et certaines contraceptions modifient la lubrification. 

Le vaginisme : quand le corps se ferme tout seul 

Imaginons quelqu’un qui approche brusquement son doigt de votre œil.
Vous clignez, vous ne décidez pas de cligner et cela quand même en vous concentrant très fort, vous n’arriverez pas à ne pas le faire.
-> C’est exactement ce qui se passe dans le vaginisme, au niveau des muscles du périnée

D’où l’erreur la plus douloureuse que subissent ces femmes : s’entendre dire qu’il faudrait « se détendre » ou « se forcer un peu ».
-> Se forcer aggrave le réflexe, parce que ça confirme au système nerveux que la pénétration est bien une menace.

Le vaginisme peut être primaire : présent depuis toujours, rendant parfois impossible le premier rapport, la pose d’un tampon ou l’examen gynécologique…
Il peut également être secondaire, installé après un accouchement difficile, une agression, une infection douloureuse ou une période de rapports pénibles.

Et voici ce qu’il faut retenir : c’est l’un des troubles sexuels qui répond le mieux au traitement.
Une méta-analyse de 2026 portant sur 863 patientes retrouve 86 % de réussite avec une prise en charge combinant travail psychologique et travail corporel !

Nous détaillons tout cela dans notre article consacré à comment soigner le vaginisme.

La vulvodynie : quand la douleur reste après la cause

Voici la situation la plus mal comprise, et celle où les femmes s’entendent le plus souvent dire que tout est normal. Elle concerne 7 à 8 % des femmes avant 40 ans.

La vulvodynie, c’est une douleur vulvaire qui persiste alors que l’examen ne montre rien.Pas d’infection, pas de lésion, pas d’inflammation visible.
-> Et pourtant la douleur est bien réelle.

L’explication la plus étudiée aujourd’hui tient en un mécanisme : la sensibilisation centrale.
Quand une zone du corps envoie des signaux de douleur de façon répétée, le système nerveux finit par amplifier le signal (un peu comme une alarme dont on aurait monté le volume au maximum et qui se déclenche désormais au moindre courant d’air).
-> Les études neurophysiologiques retrouvent d’ailleurs des seuils de douleur abaissés chez ces patientes par rapport à des femmes sans douleur.

C’est pour ça qu’une femme peut avoir une mycose parfaitement guérie et continuer à souffrir six mois plus tard.
-> Elle n’invente rien, et elle ne somatise pas : son système d’alerte est déréglé, et ça se rééduque.

Nous détaillons les symptômes, le délai de diagnostic et les traitements validés dans notre article consacré à la vulvodynie.

Et quand la douleur se limite à l’entrée du vagin et n’apparaît qu’au contact, on parle de vestibulodynie, qui est la forme la plus fréquente : elle a son propre mécanisme et son propre article, ici.

 

Et chez les hommes ? 

    On en parle très peu, et c’est dommage, parce que ça existe et que ça se traite.

    La cause la plus documentée est le syndrome douloureux pelvien chronique, souvent appelé prostatite chronique.
    Son retentissement sexuel est massif : une méta-analyse portant sur plus de 20 000 hommes retrouve une dysfonction érectile chez 34 % d’entre eux et une éjaculation précoce chez 35 %.

    Les autres causes fréquentes sont les infections, le phimosis ou un frein trop court, la maladie de La Peyronie qui déforme la verge, et les douleurs survenant après l’éjaculation.

    Là aussi, la tension du plancher pelvien joue un rôle majeur, et là aussi, la rééducation périnéale existe pour les hommes, (même si presque personne ne le sait).
    -> Un homme qui a mal pendant les rapports doit consulter, et un urologue est généralement la bonne porte d’entrée.

    Pourquoi « c’est dans la tête » est une mauvaise réponse 

    Soyons très clairs sur ce point, parce qu’il est central.

    La douleur est toujours à la fois physique et psychologique.
    Ce n’est pas une opposition, c’est un fonctionnement :
    Le stress contracte réellement les muscles → La peur de la douleur réduit réellement la lubrification → et une douleur répétée modifie réellement le système nerveux
    -> c’est exactement ce que décrit la sensibilisation centrale.

    Mais l’ordre des choses compte. Dans l’immense majorité des cas, l’anxiété, l’évitement et la perte de désir apparaissent après les premières douleurs, pas avant.
    Ce sont des conséquences logiques, pas des causes.

    Cela dit, certains éléments pèsent vraiment sur le tableau et méritent d’être accompagnés : les violences sexuelles passées, une éducation associant la sexualité à la honte ou à la faute, des conflits de couple installés, une dépression.
    -> Ce ne sont pas des explications de secours quand on n’a rien trouvé, ce sont des facteurs à traiter pour eux-mêmes, en parallèle du reste.

    La bonne formule n’est donc pas « le corps ou la tête », c’est « le corps et la tête, en même temps »

    Le cercle douleur-peur-tension  

    Ce cercle explique pourquoi les douleurs sexuelles s’aggravent quasi systématiquement si on les laisse traîner :

    Une première douleur → l’anticipation de la douleur au rapport suivant → le corps se contracte par réflexe protecteur → la lubrification diminue → la douleur augmente → et ainsi de suite.

    À ce stade, la cause initiale peut être guérie depuis longtemps : le cercle tourne tout seul.
    -> C’est précisément pour ça qu’il faut consulter tôt, pas parce que c’est grave, mais parce que c’est bien plus simple à défaire au début !

    Qui consulter, et dans quel ordre ?  

    Le ou la gynécologue d’abord, sans exception !
    C’est l’examen qui élimine ou confirme une cause organique. N’acceptez pas un « tout est normal » comme point final : demandez explicitement si une vulvodynie ou un vaginisme ont été évalués.

    Un·e kinésithérapeute ou une sage-femme spécialisé·e en rééducation périnéale ensuite, dès que des tensions musculaires sont en jeu (c’est-à-dire presque toujours).
    Dans la méta-analyse sur le vaginisme, la physiothérapie du plancher pelvien atteint à elle seule 85 % de réussite.
    -> C’est souvent l’intervention la plus rentable, et elle est largement sous-prescrite.

    Un·e sexologue pour défaire le cercle douleur-peur-tension, retrouver une sexualité sans appréhension, et travailler ce qui s’est construit autour de la douleur.

    Un·e thérapeute de couple quand la douleur a fini par abîmer la relation, ce qui arrive vite, entre celle qui redoute et celui ou celle qui n’ose plus rien proposer.

    Un urologue pour les hommes, ou en cas de symptômes urinaires associés

    Comment ça se soigne ?  

    D’abord une chose à entendre : ça se soigne !

    Le traitement de la cause, quand il y en a une identifiée.

    La rééducation périnéale, pour apprendre à relâcher des muscles qui se contractent sans qu’on le décide.

    La désensibilisation progressive, au rythme de la personne, jamais imposée.

    Le travail psychologique, et c’est là que les résultats sont les plus nets : ce sont les approches combinées, associant le corporel et le psychologique, qui obtiennent les meilleurs taux de réussite de 86 %, contre 78 % pour les dilatateurs employés seuls.

    Le travail sur les mémoires douloureuses.
    Quand une agression, un accouchement traumatique ou un examen médical violent figure dans l’histoire, des approches comme l’EMDR ou l’hypnose visent à réduire la charge émotionnelle attachée à ces souvenirs.
    En revanche, soyons honnêtes sur leur niveau de preuve : une revue systématique de 2026 recensant les travaux sur l’hypnose dans les douleurs vulvo-vaginales conclut que les résultats sont encourageants mais que les données restent insuffisantes pour affirmer son efficacité (quatre études seulement, de faible qualité méthodologique).
    Nous les utilisons donc comme un appui du travail global, jamais comme un traitement à elles seules

    La thérapie des schémas, pour les croyances profondes sur son corps et sa légitimité à dire non.

    Et le travail de couple, pour sortir la sexualité de la logique de performance et rendre possible une intimité sans pénétration pendant le temps du soin.
    -> Ce n’est pas un pis-aller : c’est souvent ce qui permet au désir de revenir.

    Vous avez mal, et on vous a déjà dit que tout était normal ?
    Vous n’inventez rien, et vous n’avez pas à vous y habituer.
    Il existe presque toujours quelque chose à faire

    Questions fréquentes   

    Est-ce normal d’avoir mal lors du premier rapport ?

    Un léger inconfort est possible. Une douleur vive, non.
    Et surtout, ça ne doit pas se reproduire à chaque fois.
    L’idée que « la première fois ça fait mal » est une croyance qui fait passer à côté de vrais vaginismes pendant des années.

    La douleur peut-elle venir de mon ou ma partenaire ?

    Rarement de la personne elle-même, souvent de la situation : rapport trop rapide, excitation insuffisante, pression ressentie.
    Le manque de lubrification est une cause mécanique majeure, et elle n’a rien à voir avec l’amour qu’on porte à l’autre.

    Mon examen gynécologique est normal, alors pourquoi j’ai mal ?

    C’est le cas typique de la vulvodynie ou d’un vaginisme.
    Un examen normal ne veut pas dire que la douleur est imaginaire : il veut dire que la cause n’est pas visible à l’œil.
    Et rappelons que plus de la moitié des femmes qui consultent pour des douleurs vulvaires repartent sans diagnostic.

    Faut-il arrêter les rapports pendant le traitement ?

    Pas forcément les rapports mais arrêter tout ce qui fait mal, oui !
    Continuer malgré la douleur entretient directement le cercle et renforce le réflexe. On garde l’intimité, on suspend ce qui déclenche.

    Les hommes peuvent-ils souffrir de dyspareunie ?

    Oui, le syndrome douloureux pelvien chronique en est la cause principale, avec un retentissement sexuel important. De plus, un tiers des hommes concernés rapportent des troubles de l’érection.
    Phimosis, maladie de La Peyronie et douleurs après éjaculation complètent le tableau.
    -> C’est moins documenté que chez les femmes, mais ça se traite.

    Sources

    American College of Obstetricians and Gynecologists. When Sex Is Painful (FAQ020).
    → https://www.acog.org/womens-health/faqs/when-sex-is-painful

    American Psychiatric Association (2013). DSM-5 — Genito-Pelvic Pain/Penetration Disorder (302.76 / F52.6).

    Conaglen, H. M., & Conaglen, J. V. (2013). Drug-induced sexual dysfunction in men and women. Australian Prescriber, 36, 42-45. → https://australianprescriber.tg.org.au/articles/drug-induced-sexual-dysfunction-in-men-and-women.html

    Harlow, B. L., Kunitz, C. G., Nguyen, R. H. N., Rydell, S. A., Turner, R. M., & MacLehose, R. F. (2014). Prevalence of symptoms consistent with a diagnosis of vulvodynia: population-based estimates from 2 geographic regions. American Journal of Obstetrics and Gynecology, 210(1), 40.e1-8.
    → https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24080300/

    Cetera, G. E., Merli, C. E. M., Boero, V., Caia, C., Facchin, F., Barbara, G., Monti, E., & Vercellini, P. (2023). Central sensitization in vulvodynia and endometriosis: what have we been overlooking so far? Obstetrical & Gynecological Survey, 78(12), 745-758. → https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38134340/

    Alshahrani, S., Fathi, B. A., Abouelgreed, T. A., & El-Metwally, A. (2025). Prevalence of sexual dysfunction with chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome (CP/CPPS): an updated systematic review and meta-analysis. Medicina, 61(6), 1110. → https://www.mdpi.com/1648-9144/61/6/1110

    Lilleeng-Steimler, L., & Karlsen, T.-I. (2026). The effect of hypnotherapy on vulvovaginal pain. A systematic literature review. Sexual & Reproductive Healthcare, 48, 101203.
    → https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41849991/

    Zulfikaroglu, E. (2026). Vaginismus treatment: a systematic review and meta-analysis of contemporary therapeutic approaches. The Journal of Sexual Medicine, 23(1), qdaf295.
    → https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41148166/

    Ministère de la Santé — Santé.fr. Le diagnostic souvent tardif de l’endométriose.
    → https://www.sante.fr/endometriose/le-diagnostic-souvent-tardif-de-lendometriose

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