Baisse de libido, que faire ?
Il y a cette phrase qu’on entend presque chaque semaine au cabinet : « Je l’aime, tout va bien, mais je n’ai plus envie. Et je ne comprends pas pourquoi. »
Si vous vous reconnaissez là-dedans, respirez : vous n’êtes ni cassé·e, ni anormal·e, ni en train de tomber amoureux·se de quelqu’un d’autre.
La baisse de libido est l’un des motifs de consultation les plus fréquents en sexologie, et c’est aussi l’un des plus tabous.
Dans cet article, nous allons regarder ce qui se passe vraiment, pourquoi ça arrive, et surtout ce que nous pouvons faire concrètement
Baisse de libido : d’abord, est-ce vraiment un problème ?
Commençons par la question qui compte le plus.
Une baisse de désir n’est pas automatiquement un trouble.
Notre libido n’est pas un thermostat réglé une fois pour toutes : elle bouge avec la fatigue, le contexte, l’âge, les saisons de la vie.
Et les chiffres le confirment de façon assez spectaculaire.
Une étude américaine menée auprès de 2 207 femmes de 30 à 70 ans, toutes en couple stable, a mesuré à la fois le niveau de désir et la souffrance qui y est associée.
Résultat : un désir bas concerne 26,7 % des femmes non ménopausées, et grimpe jusqu’à 52,4 % chez les femmes ménopausées naturellement (Autrement dit, après la ménopause, c’est plus d’une femme sur deux).
Mais voici le chiffre qui change tout : la détresse liée à ce désir bas ne dépasse jamais 12,5 %, même dans le groupe le plus touché.
Traduction : la grande majorité des femmes concernées par une baisse de désir n’en souffrent pas. Elles le constatent, et ça leur va.
Chez les hommes le désir hypoactif est moins fréquent, une enquête menée auprès de 12 646 hommes allemands d’âge moyen retrouve une prévalence d’environ 4,7 %.
Mais attention au piège : les recommandations européennes d’urologie précisent que, même moins fréquent, c’est la plainte la plus courante en thérapie de couple (Autrement dit, le désir masculin est moins souvent bas, mais quand il l’est, il fait beaucoup plus de bruit dans la relation).
Le vrai critère n’est donc pas le niveau de désir, c’est la souffrance. Le problème commence quand ça fait mal, pas quand le chiffre baisse !
Alors parlons plutôt des signes qui méritent notre attention :
- Moins de pensées ou de fantasmes sexuels, sur plusieurs mois
- Moins d’envie d’initier ou de recevoir des moments intimes
- Moins d’excitation quand ça arrive quand même
- L’évitement : on se couche plus tard, on invente une migraine, on coupe court aux câlins de peur qu’ils n’aillent plus loin
- Et surtout : de la frustration, de la culpabilité ou de la tristesse face à cette situation
Si le dernier point est coché, alors oui, ça vaut le coup d’agir. Pas parce qu’il faudrait « performer », mais parce que vous avez le droit d’aller mieux !
Le mythe qui nous fait tous culpabiliser : le désir spontané
Voilà la croyance qui fait le plus de dégâts et on va la déconstruire tout de suite.
Nous avons grandi avec l’idée que le désir doit arriver tout seul, comme la faim : une envie qui monte de nulle part, et ensuite on passe à l’acte… Films, séries, romans, tout nous raconte ça !
Du coup, quand cette envie ne vient plus spontanément, nous en concluons logiquement que quelque chose est cassé en nous…
Sauf que c’est faux pour une grande partie d’entre nous !
La sexologue canadienne Rosemary Basson a proposé dès 2000 un tout autre modèle, aujourd’hui largement repris : chez beaucoup de personnes, et particulièrement dans les relations installées, le désir est « réactif ». Il ne précède pas la rencontre, il naît pendant. On commence par une proximité agréable, une caresse, un contexte sécurisant et seulement après l’envie arrive !
La métaphore que j’aime utiliser est : le désir, c’est comme un chat.
-> Il ne vient jamais quand on l’appelle. Il vient quand on s’assied tranquillement et qu’on arrête de le chercher.
Alors qu’attendre l’envie pour créer le contexte, c’est comme attendre la fumée pour allumer le feu…
Souvent en comprenant ça, beaucoup de couples se détendent…
Et la détente, c’est justement le premier carburant du désir !
J’aimerais également préciser que chez les hommes, le mythe peut aussi prendre une autre forme : celle de l’homme toujours disponible, toujours partant.
Résultat, quand l’envie baisse, beaucoup n’osent en parler à personne et certains peuvent même la confondre avec un problème d’érection, alors que ce sont deux choses distinctes.
Et c’est là qu’une étude portant sur 205 hommes apporte un éclairage précieux.
Parmi tout ce qui fait baisser le désir masculin : la honte, la tristesse, l’inquiétude autour de l’érection …
Un seul facteur ressort vraiment : l’absence de pensées érotiques pendant le rapport.
Pas la performance ou le corps mais l‘attention.
Autrement dit : un homme qui, pendant l’acte, surveille son érection, se demande si ça va marcher, ou pense déjà à la réunion de demain, n’est tout simplement pas dans le moment présent… Et le désir a besoin qu’on soit ancré dans le présent !
Les causes physiques et médicales à ne jamais écarter !
Avant de partir sur du psychologique, faisons le tour du corps. Trop de personnes passent des années en thérapie alors qu’une consultation médicale aurait réglé une bonne partie du problème.
Les médicaments sont la cause la plus sous-estimée !
- Les antidépresseurs de type ISRS sont ceux qui ont l’effet le mieux démontré : une méta-analyse montre que le risque de difficulté orgasmique est multiplié par trois, avec une baisse de la satisfaction sexuelle.
(En revanche, les données sur l’impact des antidépresseurs sur le désir lui-même sont moins tranchées parce que la dépression abîme déjà la sexualité à elle seule et qu’il est difficile de démêler l’effet de la maladie de celui du traitement). - Les traitements de l’hypertension sont eux aussi très concernés : chez les hommes comme chez les femmes. 1 homme sur 5 sous bêtabloquants rapporte des troubles de l’érection tandis que chez les femmes traitées, c’est une baisse du désir qui est décrite dans 4 cas sur 10.
A noter : Certaines molécules sont nettement plus problématiques que d’autres et un simple changement de traitement suffit parfois à tout débloquer. - Les antipsychotiques agissent par un autre mécanisme, en augmentant la prolactine, ce qui éteint le désir chez les deux sexes.
- Quant à la contraception hormonale, la réponse honnête est : ça dépend de vous.
Les grandes enquêtes déclaratives sont plutôt rassurantes car dans la majorité des utilisatrices de pilule ne rapportent aucun changement de libido (mais attention à l’effet d’optique : les femmes dont le désir s’effondre sous pilule arrêtent la pilule, et disparaissent donc de ces statistiques…)
-> Le meilleur niveau de preuve donne un résultat plus nuancé. Un essai mené auprès de 340 femmes, a mesuré une baisse réelle du désir, de l’excitation et du plaisir chez les utilisatrices de pilule combinée. L’effet est modeste, mais il existe, et il s’explique biologiquement : la pilule fait baisser la testostérone libre.
Ce qu’il faut en retenir : si vous avez le sentiment que votre libido a changé en commençant votre contraception, vous n’inventez rien. Ça ne veut pas dire que c’est la seule cause, ni qu’il faut tout arrêter mais c’est une piste légitime à explorer avec votre gynécologue ou votre médecin, qui pourra proposer une autre formulation ou un autre mode de contraception.
Important dans tous les cas : on n’arrête jamais un traitement seul·e.
Beaucoup de personnes abandonnent en silence un médicament dont elles ont besoin à cause de ses effets sur la sexualité.
Parlez-en au médecin prescripteur : très souvent, changer de molécule ou ajuster la dose suffit.
- Les variations hormonales : Post-partum, allaitement, périménopause, ménopause, andropause : autant de périodes où la libido change, souvent temporairement. Le post-partum est le cas le plus fréquent, et nous l’avons traité à part dans notre article sur la baisse de désir après bébé.
Les autres pistes à explorer par une prise de sang ou un examen : la thyroïde, un excès de prolactine, l’anémie, le diabète, l’apnée du sommeil. Les maladies vasculaires et le tabagisme sont également identifiés comme facteurs de risque du désir bas chez l’homme.
- Les douleurs : Endométriose, vaginisme, vulvodynie, sécheresse vaginale mais aussi prostatite et douleurs pelviennes chroniques chez l’homme.
Notre cerveau retient très vite qu’un geste fait mal, et il coupe l’envie pour nous protéger.
-> Nous évoquons plus en détails les douleurs pendant les rapports sexuels dans cet article sur la dypareunie.
- Et enfin la fatigue, la vraie !
Pas celle d’une mauvaise nuit : celle du burn-out, des réveils nocturnes d’un bébé, de la charge mentale qui tourne en fond même sous la douche.
-> Un corps en mode survie ne fabrique pas de désir, il fabrique du sommeil.
Les causes psychologiques : stress, image de soi, charge mentale
Notre sexualité fonctionne comme une voiture, avec un accélérateur et un frein, c’est le modèle du double contrôle proposé par Bancroft et Janssen.
La plupart du temps, quand le désir ne démarre pas, ce n’est pas que l’accélérateur est en panne : c’est que le frein est enfoncé.
Et qu’est-ce qui appuie sur le frein ?
Le stress chronique, l’anxiété, la dépression identifiés comme facteur de risque majeur dans les deux sexes.
Mais aussi le regard qu’on porte sur son propre corps, les mémoires douloureuses et aussi traumatiques : une agression, une humiliation, une première fois qui s’est mal passée laissent des traces qui se réactivent dans l’intimité.
Une grande enquête internationale menée auprès de plus de 13 000 hommes dans 29 pays a identifié des facteurs de risque qui parlent à tout le monde : une séparation récente, des difficultés financières, et le fait de s’inquiéter pour l’avenir de sa relation.
Rien de sexuel là-dedans. Et pourtant, tout se joue là…
Et puis il y a la charge mentale. Une personne qui pense simultanément au rendez-vous chez le pédiatre, au cadeau d’anniversaire et à la lessive en cours n’est pas disponible pour son propre plaisir.
-> Le désir a besoin d’espace/temps libre dans la tête pour s’éxprimer.
Quand le problème n’est pas sexuel, mais relationnel
Voici l’angle que nous travaillons beaucoup en cabinet, et qui change souvent tout.
Nous avons tous un système d’attachement : une sorte de détecteur de fumée intérieur, hérité de nos premières relations, qui surveille en permanence si le lien est sûr. Tant qu’il est silencieux, nous pouvons rire, créer, avoir envie. Mais dès qu’il se met à hurler, plus personne ne pense au dîner aux chandelles.
Or ce système a la priorité absolue sur le système sexuel. Les travaux de Gurit Birnbaum et Harry Reis, qui étudient ce lien depuis plus de vingt ans, sont clairs : un cerveau qui monte la garde ne fabrique pas de désir, il fabrique de la vigilance.
Ainsi une personne à attachement plutôt anxieux peut se mettre à utiliser la sexualité comme un thermomètre (« est-ce qu’il ou elle me désire encore ? »), ce qui transforme le lit en salle d’examen. Tandis qu’une personne plutôt évitante, elle, peut sentir son envie s’éteindre précisément quand la relation devient plus intime.
Concrètement : si vous vous disputez depuis six mois, l’absence de désir n’est pas le problème : c’est le symptôme.
Et c’est une très bonne nouvelle, parce que ça veut dire qu’on ne travaille pas au bon endroit quand on cherche des techniques !
Le décalage de désir dans le couple : le vrai motif de consultation
Soyons honnêtes : la plupart du temps, ce n’est pas « j’ai une baisse de libido », c’est « nous n’avons pas la même envie au même moment ».
Et ce décalage est quasiment universel, il existe dans presque tous les couples qui durent…
Le piège, c’est la spirale : celui qui a le plus envie demande, celui qui en a moins se sent sous pression, se crispe, et a encore moins envie. Ainsi plus l’un demande, plus l’autre recule. Et plus l’autre recule, plus le premier demande.
Dans cette situation, personne n’est méchant mais tout le monde a peur.
Notons-le au passage, parce que c’est un cliché qui a la vie dure : le ou la partenaire qui a le moins envie n’est pas toujours une femme.
Bonne nouvelle : cette approche par le décalage, plutôt que par « celui qui a un problème », est aujourd’hui explicitement recommandée ! Elle est moins stigmatisante et plus efficace, parce qu’elle remet le sujet à sa place : entre deux personnes, pas dans le corps d’une seule.
7 choses concrètes à tester dès cette semaine
1. La règle du toucher sans objectif :
Vingt minutes de contact, habillés ou non, avec une seule règle non négociable : on ne va pas plus loin.
L’interdit, cette contrainte retire la pression de performance et c’est ce vide qui laisse le désir revenir…
2. Le bilan sanguin :
Fer, thyroïde, vitamine D, prolactine, et testostérone (chez les hommes). Une semaine d’attente mais beaucoup de réponses en gardant en tête qu’un bilan normal n’invalide pas ce que vous ressentez.
3. La liste des freins :
Chacun écrit trois choses qui coupent son envie (le téléphone au lit, la vaisselle qui traîne, une remarque sur le corps) et trois qui l’ouvrent.
Échangez vos listes et arrêtez de deviner.
4. Reformuler la demande :
Remplaçons « on ne fait plus jamais l’amour » par « j’ai besoin de sentir que je compte encore pour toi ».
-> La première phrase déclenche la défense, la seconde ouvre la porte vers le lien
5. Créer le contexte sans attendre l’envie :
Un créneau protégé, sans écran, sans obligation de résultat. On verra bien et souvent, on voit..
6. La pleine conscience du corps :
Les travaux de Lori Brotto montrent que les programmes de pleine conscience améliorent le désir et la satisfaction sexuelle .
Je vous propose également de consulter les méditations que j’enregistre pour aider à travailler sur la confiance en soi, l’estime de soi, le lâcher-prise etc.
7. Le rituel de réparation :
Dix minutes après une dispute, sans rejouer le match : « qu’est-ce qui a été dur pour toi, là ? »
Un couple solide n’est pas un couple qui ne se dispute jamais, c’est un couple qui sait réparer.
Quand consulter un.e sexologue ?
Si la situation dure depuis plus de six mois, si chaque tentative de discussion finit en dispute, si les rapports sont douloureux, ou si la sexualité est devenue une source d’angoisse plutôt que de plaisir : un accompagnement fait gagner un temps considérable.
Selon ce qui bloque, nous travaillons avec des outils différents. L’EMDR et l’hypnose pour désamorcer les mémoires douloureuses. La thérapie des schémas pour les croyances anciennes sur soi et sur son corps.
La thérapie IMAGO et la thérapie centrée sur les émotions pour sortir la relation de la spirale demande-retrait. Et une bonne dose de psychoéducation, parce qu’une grande partie de la souffrance vient simplement de ce qu’on nous a mal expliqué comment le désir fonctionne !
Vous vous reconnaissez dans ces lignes ? Vous n’avez rien à réparer en urgence et rien à prouver !
Juste à comprendre ce qui se joue avec quelqu’un dont c’est le métier.
Questions fréquentes :
Une baisse de libido, c’est grave ?
Pas en soi. Le désir fluctue toute la vie, c’est normal. Ce qui mérite de l’attention, c’est la détresse qu’elle provoque, ou une baisse brutale et inexpliquée qui justifie alors un avis médical.
Est-ce que ça veut dire que je n’aime plus mon ou ma partenaire ?
Non ! Mais c’est pourant la peur numéro un des personnes concernées.
Amour et désir sont deux systèmes distincts dans notre cerveau.
-> On peut aimer profondément et ne plus avoir envie, tout comme on peut désirer quelqu’un qu’on n’aime pas.
L’un n’est pas la preuve de l’autre.
Un homme peut-il avoir une baisse de libido sans avoir de problème d’érection ?
Oui, absolument et c’est une confusion très fréquente !
Le désir et l’érection sont deux mécanismes différents.
-> On peut avoir des érections parfaites et aucune envie, ou beaucoup d’envie et un corps qui ne suit pas.
Les nommer séparément est souvent le premier soulagement.
Combien de temps faut-il pour retrouver du désir ?
Ça dépend de la cause…
Un effet secondaire médicamenteux peut se régler en quelques semaines après ajustement.
Une dynamique de couple installée depuis des années demande plusieurs mois de travail.
Ce qui accélère tout, c’est de ne pas attendre trois ans avant d’en parler.
Mon ou ma partenaire refuse de consulter, que faire ?
Venir seul·e fonctionne très bien.
Quand une personne change sa façon de demander, de réagir et de communiquer, la dynamique du couple bouge, même si l’autre n’est pas dans la pièce.
Et très souvent, le ou la partenaire finit par rejoindre le processus.
Sources
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