Sécheresse vaginale : causes, solutions, et ce qu’il ne faut surtout pas confondre

Ça brûle, ça tire, ça irrite… Les rapports deviennent inconfortables puis douloureux, le papier toilette agresse, le vélo est devenu une épreuve. Et vous vous dites peut-être que c’est l’âge, ou que c’est comme ça.

Deux choses avant tout :
1- Ce n’est pas une fatalité : il existe des solutions simples, efficaces, et parfois spectaculaires.
2- Et surtout : il n’y a pas une sécheresse vaginale, il y en a trois (qui n’ont ni les mêmes causes, ni les mêmes réponses. Les confondre fait perdre des années).

Sécheresse vaginale : causes et solutions efficaces

Les trois sécheresses qu’on confond tout le temps

La première vient des hormones : La chute des œstrogènes amincit et fragilise la muqueuse, qui produit moins de sécrétions. C’est la ménopause, mais aussi le post-partum, l’allaitement, certaines contraceptions et certains traitements.
-> Elle est permanente, elle ne dépend pas du contexte.

La deuxième vient d’ailleurs : un médicament, une maladie auto-immune, un traitement du cancer, une hygiène intime trop agressive.

La troisième vient du manque d’excitation : Rien à voir avec les hormones : la lubrification est une réponse physiologique à l’excitation. Pas assez de temps, pas assez de stimulation, trop de stress ou d’appréhension, et elle ne vient pas (à n’importe quel âge, avec des hormones parfaitement normales).

La question qui oriente tout : est-ce que c’est sec tout le temps, ou seulement au moment des rapports ?
– Si c’est permanent, cherchez du côté hormonal ou médical.
– Si c’est uniquement dans l’intimité, le problème est ailleurs (il ne se réglera pas avec une crème).

La ménopause : un syndrome, pas une fatalité

On parlait avant d’« atrophie vulvo-vaginale ».
Depuis 2014, le terme retenu internationalement est le syndrome génito-urinaire de la ménopause (parce que ça ne touche pas que le vagin).

Les prises de position de la North American Menopause Society le décrivent précisément : sécheresse vaginale, douleurs pendant les rapports, brûlures, mais aussi symptômes urinaires (brûlures en urinant, envies pressantes, infections urinaires à répétition).

Si vous enchaînez les cystites depuis votre ménopause, ce n’est probablement pas une coïncidence.

Côté fréquence : de 27 % à 84 % des femmes ménopausées selon les études, avec un travail retrouvant 84 % des femmes concernées six ans après la ménopause.

Et contrairement aux bouffées de chaleur, qui s’atténuent avec le temps, ce syndrome-là s’aggrave si on ne fait rien ! 

Après l’accouchement : le grand non-dit

Voici ce dont presque personne ne prévient les jeunes mères.

Une étude irlandaise a suivi 832 femmes après leur premier enfant. À six mois de l’accouchement : 43 % rapportent un manque de lubrification vaginale, 46 % une perte d’intérêt pour la sexualité, et 37,5 % des douleurs pendant les rapports.

Et le facteur qui ressort pour les trois à la fois : l’allaitement.
-> La prolactine freine la production d’œstrogènes, ce qui crée un état hormonal proche de celui de la ménopause (temporaire, mais bien réel).

Autrement dit : si vous allaitez et que c’est sec, vous n’avez aucun problème, votre corps fait exactement ce qu’il est programmé à faire.
-> Ça se corrige très simplement, et ça se résout avec le sevrage.

Si les rapports sont douloureux et pas seulement secs, c’est très fréquent après un accouchement : nous l’avons traité à part dans notre article sur la reprise des rapports après l’accouchement, et les autres causes possibles sont détaillées dans celui sur les douleurs pendant les rapports.

 

Les autres causes à connaître

Les médicaments : Antihistaminiques, certains antidépresseurs, traitements anticholinergiques, certains traitements hormonaux.
-> On n’arrête jamais seule, on en parle au prescripteur, il existe souvent une alternative.

La contraception hormonale : parfois, et c’est une piste légitime si la sécheresse est apparue après un changement.
-> Nous nuançons ce point dans notre article sur la baisse de libido.

Les traitements du cancer : chimiothérapie, hormonothérapie, radiothérapie pelvienne. C’est fréquent, c’est lourd, et c’est très peu accompagné.

Le syndrome de Sjögren : maladie auto-immune qui assèche toutes les muqueuses (yeux, bouche, vagin).
-> Si vous avez aussi les yeux et la bouche secs, parlez-en.

Et l’hygiène intime trop zélée : Savons parfumés, douches vaginales, lingettes, protège-slips quotidiens : tout cela agresse une muqueuse qui s’entretient très bien seule.
-> Le vagin n’a pas besoin d’être lavé à l’intérieur ! 

Lubrification et désir : la confusion qui fait le plus de dégâts

Point capital, et il surprend presque toujours.

Une méta-analyse portant sur 132 études, 2 505 femmes et 1 918 hommes, a mesuré la correspondance entre la réponse génitale et l’excitation ressentie. Chez les hommes, la corrélation est forte — r = 0,66. Chez les femmes, elle est faible : r = 0,26

 

Traduction : chez les femmes, le corps et la tête ne disent pas forcément la même chose.

Deux conséquences, opposées et également importantes :

1- On peut avoir très envie et ne pas lubrifier : ce n’est ni un manque d’amour, ni une preuve que « ça ne marche pas ».
-> C’est un décalage physiologique banal, qu’un lubrifiant règle en trois secondes.

2- Et on peut lubrifier sans avoir envie : la réponse génitale est un réflexe ; elle ne vaut pas consentement, ni désir, ni plaisir.

Donc : la sécheresse n’est pas un verdict sur votre couple. Et si votre partenaire l’interprète comme un rejet, cette donnée mérite d’être partagée !

Les solutions, dans l’ordre

Les recommandations internationales les hiérarchisent clairement, et toutes figurent au meilleur niveau de preuve

  • Les lubrifiants : pour le moment du rapport.
    Ils ne traitent rien, ils soulagent immédiatement.
    -> Préférez-les sans parfum ni glycérine, et sachez que les lubrifiants à base d’huile abîment les préservatifs.
  • Les hydratants vaginaux : qu’on confond souvent avec les précédents. Eux s’utilisent régulièrement, indépendamment des rapports, et ils réhydratent la muqueuse en continu.
    -> C’est eux qui changent le quotidien (le vélo, les vêtements, le simple fait d’être assise).

Ces deux-là constituent le traitement de première intention pour les symptômes légers à modérés.

  • Les œstrogènes locaux à faible dose : sur prescription, pour les symptômes modérés à sévères. C’est le traitement de fond du syndrome génito-urinaire, et il est très efficace. Beaucoup de femmes le refusent par peur du traitement hormonal, (or il s’agit ici d’une application locale à très faible dose), ce qui n’a rien à voir avec un traitement hormonal général.
    -> Cette discussion se mène avec votre gynécologue, et particulièrement si vous avez des antécédents de cancer hormono-dépendant, où la décision est individuelle.
  • La DHEA vaginale : également sur prescription, efficace sur les douleurs modérées à sévères pendant les rapports.
  • L’ospémifène : un traitement oral, pour les situations qui résistent.
  • Et le temps ! Pas comme une politesse : la lubrification demande de la stimulation et de la durée.
    -> Si la sécheresse n’apparaît que pendant les rapports, c’est souvent par là qu’il faut commencer.
Sécheresse vaginale : trois causes différentes, trois réponses. Ménopause, post-partum, médicaments — et les traitements qui marchent vraiment.

Pourquoi personne n’en parle

Le chiffre qui résume tout.
Parmi les femmes concernées qui n’avaient jamais reçu de traitement, près des trois quarts n’avaient jamais évoqué leurs symptômes avec un professionnel de santé. Et un tiers préféraient que ce soit le soignant qui aborde le sujet.

Le même schéma existe après l’accouchement, où très peu de femmes en parlent et où le sujet est rarement abordé en consultation.

Donc des deux côtés, on attend que l’autre commence. Et pendant ce temps, des femmes ont mal pendant des années pour quelque chose qui se règle souvent en quelques semaines.

Si personne ne vous pose la question : posez-la vous-même.
Une phrase suffit : « j’ai une sécheresse vaginale qui me gêne, qu’est-ce qu’on peut faire ? »

Vous avez mal, c’est inconfortable au quotidien, et vous n’en avez jamais parlé ?
Vous êtes dans l’immense majorité et c’est l’un des motifs qui se règlent le plus vite ! 

Questions fréquentes

La sécheresse vaginale, c’est seulement à la ménopause ?

Non. Le post-partum et l’allaitement en sont une cause très fréquente, 43 % des femmes à six mois d’un premier accouchement.
S’y ajoutent les médicaments, certaines maladies, les traitements du cancer, et le manque d’excitation, qui n’a aucun rapport avec l’âge.

Les œstrogènes locaux sont-ils dangereux ?

Il s’agit d’une application locale à très faible dose, très différente d’un traitement hormonal général, et les recommandations internationales la placent au meilleur niveau de preuve pour les symptômes modérés à sévères.
-> La décision se prend avec votre médecin, surtout en cas d’antécédent de cancer hormono-dépendant.

Lubrifiant ou hydratant : quelle différence ?

– Le lubrifiant s’applique au moment du rapport et soulage sur l’instant.
– L’hydratant vaginal s’utilise régulièrement, en dehors des rapports, et agit sur le confort au quotidien.
-> Beaucoup de femmes n’utilisent que le premier alors que c’est le second qui leur manque.

J’ai envie mais je ne mouille pas : c’est normal ?

Oui, et c’est fréquent. Chez les femmes, la correspondance entre réponse génitale et excitation ressentie est faible. Un lubrifiant règle la question, et ça ne dit rien de votre désir.

Est-ce que ça peut passer tout seul ?

Après un accouchement, oui — généralement avec le sevrage. À la ménopause, non : sans traitement, le syndrome génito-urinaire tend à s’aggraver.

Sources

The North American Menopause Society (2020). The 2020 genitourinary syndrome of menopause position statement of The North American Menopause Society. Menopause, 27(9), 976-992. → https://www.isswsh.org/images/content/2020-NAMS-GSM-Paper.pdf

O’Malley, D., Higgins, A., Begley, C., Daly, D., & Smith, V. (2018). Prevalence of and risk factors associated with sexual health issues in primiparous women at 6 and 12 months postpartum; a longitudinal prospective cohort study (the MAMMI study). BMC Pregnancy and Childbirth, 18(1), 196. → https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29855357/

Chivers, M. L., Seto, M. C., Lalumière, M. L., Laan, E., & Grimbos, T. (2010). Agreement of self-reported and genital measures of sexual arousal in men and women: a meta-analysis. Archives of Sexual Behavior, 39(1), 5-56. → https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20049519/

Conaglen, H. M., & Conaglen, J. V. (2013). Drug-induced sexual dysfunction in men and women. Australian Prescriber, 36, 42-45. → https://australianprescriber.tg.org.au/articles/drug-induced-sexual-dysfunction-in-men-and-women.html

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